Va petit âne, va de-ci de-là…
Curieuse mise en scène ! Jésus aurait pu trouver mieux pour son entrée à Jérusalem ! Il est attendu par la foule agglutinée pour l’acclamer… Sa réputation le précède mais jusque-là, Jésus évitait plutôt la foule qui voulait l’enlever pour le faire roi (Jn 6, 15). Ses disciples ont bien essayé de le dissuader de revenir en Judée où l’on voulait le lapider (Jn 11, 8). Non, Jésus avance, déterminé. Têtu comme l’âne sur lequel il s’est assis ?
Curieuse, d’ailleurs, cette histoire d’ânon. Même si l’âne est le moyen de transport courant à l’époque. L’âne n’est pas des plus dociles et le trajet n’est pas garanti. Je me souviens de cet âne refusant d’avancer avec un touriste sur le dos, en plein soleil, dans la vallée des rois en Égypte, malgré les cris de l’ânier… Quand ça veut pas, ça veut pas…
Le choix de l’ânon, jamais monté et donc plus récalcitrant encore à se laisser faire, est-il à mettre en relation avec la détermination de Jésus à entrer dans Jérusalem pour y accomplir sa mission ? Ou bien avec notre entêtement à résister à Dieu sauf si c’est Jésus qui nous y conduit ?
Jésus avance au bout de sa mission : donner sa vie pour sauver la nôtre. Librement, souverainement. « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » (Jn 10, 18) Et si nous acceptions d’être la monture dont il a besoin ? Prendre un moment Jésus sur notre dos, lui qui prendra nos croix sur le sien. Ô Christ, tu t’avances vers ta passion volontaire ! Laisse-nous t’accompagner jusqu’au pied de la croix.
Frère Philippe Jeannin
Dominicain
Couvent Saint-Jacques à Paris