Un nouveau Roi vint au pouvoir en Egypte

Au Vatican, les attentes se cachent parfois derrière des allusions bibliques. Et c’est le cas, cette fois-ci, avec une confidence faite par l’un des responsables de la Curie quelques heures après la publication par François, d’une nouvelle constitution apostolique pour réorganiser en profondeur le travail du Saint-Siège.

Au cours de l’échange, naturellement accepté à condition de préserver l’anonymat de notre interlocuteur, on évoque les réformes mises en place par le pape argentin. « Ces derniers temps, nous glisse alors ce responsable du Vatican, j’ai entendu beaucoup de gens, ici, qui citaient une phrase de l’Exode : “Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte, qui n’avait pas connu Joseph”… » La phrase dans l’Ancien Testament, marque un tournant pour le peuple élu : le nouveau pharaon a oublié Joseph, jadis homme le plus puissant d’Égypte, et décide alors de réduire le peuple d’Israël en esclavage.

Mais qu’a donc à voir cette anecdote biblique avec le pape et la Curie ? « C’est simple, répond notre source. Ces personnes souhaitent ardemment un retournement. Ils espèrent qu’une fois le pape François parti, le prochain pape oubliera tout ce qu’il a mis en place, et tous ceux sur qui il s’est appuyé. » Une interprétation révélatrice de la résistance de certains, au sein de la Curie, à tout changement, et de l’espoir nourri par ces derniers de voir arriver rapidement la fin du pontificat.

C’est d’ailleurs sans doute pour parer à cette résistance que le pape a décidé, samedi 19 mars, de publier cette nouvelle constitution, pourtant attendue depuis neuf ans, sans aucun préavis. Au sein même du Vatican, très peu de responsables étaient au courant de ce calendrier. « Une manière, résume une source vaticane, d’empêcher tout blocage. »

Loup Besmond de Senneville,

Envoyé spécial permanent de La Croix au Vatican.

 

L'Évangile, rien que l'Évangile

Depuis le début de son pontificat, le pape François travaille à la réforme de l’Église. Il vient de franchir un nouveau cap avec la publication, samedi 19 mars, de la nouvelle constitution apostolique qui change en profondeur les services du Vatican. Ce texte est important, car à travers son organisation, son fonctionnement, ses nominations, la place qu’elle reconnaît aux laïcs, l’Église dit toujours quelque chose d’elle-même, de la manière dont elle comprend sa mission, de la façon dont elle entend la mener.

Avec cette nouvelle constitution apostolique, le pape pérennise les changements qu’il conduit depuis neuf ans en vue de renouveler le style de l’Église et de dynamiser son élan missionnaire. Si l’Église veut être servante, elle doit le manifester à travers toutes ses composantes, y compris au plus haut niveau. La curie romaine ne doit pas être une bureaucratie où l’on vient faire carrière ; elle ne peut pas être une entité hors-sol coupée de la réalité de la vie des communautés locales.

Placée sous la responsabilité du Saint-Père, elle doit être au service des Églises locales pour les soutenir et les accompagner dans leur mission évangélisatrice, pour recueillir le meilleur de ce que chacune vit et le faire connaître aux autres en vue d’une stimulation mutuelle.

Praedicate evangelium. https://www.cath.ch/newsf/praedicate-evangelium-la-nouvelle-consitution-qui-reforme-la-curie/ Le nom de la nouvelle constitution apostolique « sur la curie et son service à l’Église et au monde » résume bien la perspective du pape François. Annoncez l’Évangile ! C’est une feuille de route adressée à tous ceux et celles qui travaillent à la curie, comme à tous ceux et celles qui œuvrent dans toutes les institutions et les services d’Église. L’Évangile, rien que l’Évangile.

Dominique Greiner,

Rédacteur en chef de Croire-La Croix