Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur

J’ai reçu une mission – préparer sa venue. Je vivais en sachant que derrière moi venait celui qui était plus grand que moi. Je n’ai jamais voulu prendre sa place. Toute ma joie était de lui préparer un peuple. Pour cela, j’ai traversé l’épreuve du désert, pour cela, je prêchais, pour cela, je baptisais. Je clamais haut et fort notre soif de justice, car je savais que lui, Jésus, apporterait le feu de sainteté et instaurerait le règne nouveau !

J’ai vu sa venue, mais je n’ai pas vu toute la splendeur de sa gloire. Dans les cachots d’Hérode, je continuais de dénoncer l’injustice, j’espérais que le Royaume de Jésus Messie éclate tel un orage, en balayant les immondices de ce monde.

Je n’ai pas vu mes attentes s’accomplir. Les gardes sont entrés brusquement dans mon cachot. Les bruits de la fête royale parvenaient étouffés jusqu’à moi. Cette fête a scellé, semble-t-il, mon destin. Décapité pour plaire à une gamine, exécuté pour venger l’amour-propre d’une reine.

Me voici caché dans le sein de la terre. Enterré. Sans lumière aucune.

Une clameur me parvient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Jésus entre à Jérusalem, acclamé tel un roi.

Des profondeurs, je crie vers lui, comme jadis de ma prison : es-tu celui qui doit venir où devons-nous attendre un autre* ?

Nous, les oubliés, nous, les morts, nous qui ne sommes plus que les ombres, viendras-tu jusqu’à nous ? Ton entrée triomphale à Jérusalem aujourd’hui est-elle pour cette cité seulement, pour cette terre seulement, pour ce monde seulement, ou est-elle aussi pour nous ? Descendras-tu jusqu’à nous, dans nos ténèbres ?

Je croyais te connaître et je vois combien ton mystère me dépasse. J’attendais un juge, j’ai vu un maître de miséricorde. J’attendais de voir le mal anéanti, et j’ai vu ta tendresse. Telle une onction qui te venait de Dieu. Mais triomphera-t-elle de notre mort ?

Je suis si loin de toi, et pourtant je t’espère encore. Je t’aime, Seigneur, ma force !

*Évangile selon saint Matthieu, ch 11, v.3

 Frère Pavel Syssoev