Vous reprendrez bien un peu de désert ?

Êtes-vous déjà allé dans un désert ? Le jour, il y fait très chaud ; la nuit, très froid. Rien n’y pousse, sinon des cailloux et du sable. Il y a certes de belles couleurs, matin et soir, mais le reste de la journée se passe dans un nuage de mouches et des litres de sueur. À quoi ça sert de commencer le Carême dans un désert ? Franchement !

On va au désert pour se préparer à une rencontre.

On a le temps de voir arriver celui qui vient de loin : vais-je fuir ou vais-je l’accueillir avec un cœur disponible ? Jeûner, prier et faire l’aumône, c’est mettre son corps au service du cœur, et de l’autre. C’est laisser Jésus remettre les choses à leur juste place dans ma vie. C’est l’accueillir en me bougeant un peu. Concrètement.

On va au désert pour découvrir qu’il n’est pas si désert.

Dans mon cœur, il y a Jésus poussé par l’Esprit Saint. Il y a Satan, le diviseur, le tentateur. Il y a même des bêtes sauvages et des anges. Et il y a moi qui suis déchiré entre les anges qui me rappellent que je suis fait pour la joie du ciel, et les bêtes sauvages qui me tirent vers les ténèbres. Comme des roquets, elles n’effraient que ceux qui les regardent alors je continue de marcher. La gorge un peu serrée, mais les yeux fixés sur Jésus.

On va au désert pour en sortir.

Le Carême est un temps pour atteindre la terre promise et non pour mourir la tête dans le sable comme une autruche effrayée par sa misère. Oui, quand je vois où je suis et là où Dieu m’appelle, je suis tenté d’arrêter de marcher. Mais « Dieu est fidèle : il ne permettra pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces. » (1 Corinthiens 10,13) Je ne suis pas appelé à être un héros mais un saint : Dieu ne me demande pas de faire des choses extraordinaires, mais des choses ordinaires en laissant son amour extraordinaire prendre toute la place dans ma vie.

Plongé dans mes pensées, j’ai oublié de lever la tête. Et voilà que je me découvre, entouré d’une foule immense venue des quatre coins du monde. Sans que je m’en aperçoive, l’Esprit a poussé chaque baptisé au désert pendant ce temps de Carême. Il fallait du courage pour commencer, mais je ne suis plus seul : Jésus lui-même nous a offert sa prière pour la marche. Elle monte pas à pas vers le ciel et murmure : Notre Père.

 

Extrait de Carême dans la ville 2015

Frère Nicolas Burle
Couvent Saint Thomas d'Aquin à Lille