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09:00 - 10:00 Messe à Lixing
À l’occasion de l’assemblée générale de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) à Lourdes du 18 au 22 novembre, La Croix dresse un état des lieux de la vie religieuse en France. Dans une société largement sécularisée, celle-ci se heurte à de nombreux défis, dont la redéfinition de leur charisme.
C’est une plaisanterie qui circule souvent dans l’Église. « Le nombre de congrégations religieuses dans le monde ? Dieu lui-même ne le connaît pas… » S’il aurait d’abord visé les religieuses de l’ordre franciscain – dont les branches se sont multipliées au fil de l’histoire –, ce dicton ecclésial s’est appliqué par la suite à toutes les congrégations féminines, et pourrait s’étendre à toutes les congrégations, féminines comme masculines, tant leur nombre est difficile à obtenir…
Quelle proportion, par exemple, entre religieux contemplatifs et apostoliques masculins en France ? « Je n’en ai aucune idée, et je ne sais pas qui pourrait vous aider, nous répond un père abbé. Mais vous pouvez compter sur ma prière. » Des chiffres sur le nombre exact de communautés religieuses en France ? « Les congrégations ne le renseignent pas, et cela change tout le temps en fonction des fermetures », constate-t-on à la Corref (1). Une liste, alors, des instituts religieux adhérant à la Corref – qui compte près de 500 d’entre eux ? Impossible de l’obtenir, pour des questions de RGPD…
Deux à trois monastères ferment en France par mois
Si les chiffres demeurent approximatifs (2), ceux que La Croix a patiemment collectés auprès des instituts dessinent en tout cas les contours des grands défis qui attendent la vie religieuse, à commencer par la chute des effectifs. Entre 2000 et 2023, le nombre de religieux et religieuses en France est passé de 66 000 à 22 000. Et pourrait tomber sous la barre des 10 000 d’ici 2045, prévoit la Corref.
Cette baisse significative a entraîné de nombreuses fermetures. Selon l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), il existerait actuellement 320 monastères – abbayes, couvents et prieurés – actifs en France, dont 280 de femmes et 40 d’hommes. Deux à trois fermeraient par mois en moyenne.
« Souvent, cela commence par un problème d’entretien que les religieux ou religieuses ne peuvent pas financer. Ils font d’abord appel aux dons des fidèles, mais cela ne suffit pas, détaille Claire Danieli, responsable du recensement à l’OPR. Vient ensuite l’emprunt à la banque, qu’ils ne peuvent rembourser. Et puis les couvents ont souvent des escaliers que les plus âgés ne peuvent plus monter, il faudrait installer des ascenseurs, des sièges dans les douches… »
La question de l’interculturalité
Le vieillissement est un enjeu majeur de la vie religieuse en France. En 2025, l’âge moyen est de 79 ans pour les femmes, de 69 ans pour les hommes. En 2023, 230 religieuses et 14 religieux avaient plus de 100 ans. «Le vieillissement a toujours fait partie des défis, mais ce n’était pas un problème tant qu’il y avait des vocations », précise Béatrix Bréauté, directrice de l’institut Talenthéo, réseau de coachs accompagnant les responsables religieux dans leur gouvernance.
Pour pallier la baisse des vocations, de nombreux instituts font appel à leurs fondations sur d’autres continents. Les communautés sont de plus en plus internationales : 42 % des supérieurs de congrégations, hommes et femmes, élus en 2024 étaient ainsi d’origine étrangère. « L’interculturalité est une vraie question, insiste Isabelle Jonveaux, sociologue des religions et spécialiste de la vie religieuse. Avec parfois un arrière-plan néocolonialiste, des congrégations demandent à des sœurs, venant en général d’un pays du Sud (Asie ou Afrique, NDLR) de porter seules des communautés parfois très vieillissantes en France. Et dans la plupart des cas, ces religieuses étrangères ne sauvent pas la communauté, elles aident juste les sœurs à mourir dans leur communauté. »
Mais de plus en plus, assure la chercheuse, les congrégations prennent conscience de l’aspect artificiel de cette solution. « Elles comprennent qu’il vaut mieux accepter la fermeture, plutôt que de mettre des frères et des sœurs dans une situation humaine compliquée. »
Le succès des communautés classiques
Si l’effondrement est visible partout, la baisse la plus drastique a lieu dans les instituts apostoliques (religieux engagés dans le service des autres et dans la société), particulièrement féminins. Entre 2015 et 2023, le nombre de religieuses apostoliques a baissé de 30 %.
« Il y a eu un foisonnement de fondations de communautés de femmes à but social à la fin du XIXe et au début XXe siècle pour les besoins du moment : santé, éducation, rappelle Isabelle Jonveaux. D’une part, ces besoins ont changé et beaucoup d’entre eux ont été repris par l’État ; d’autre part, les femmes n’ont plus besoin d’être religieuses pour être infirmières ou institutrices. Quitte à choisir la vie religieuse, les jeunes veulent quelque chose de radicalement différent de ce qu’ils auraient eu dans le monde. »
D’où le succès significatif de congrégations plutôt classiques avec une identité marquée, à l’image des dominicains de la province de Toulouse, de certains carmels, des cisterciennes de Boulaur, qui ont repris l’abbaye Notre-Dame-des-Neiges, ou de communautés de sensibilité traditionaliste. Ainsi de l’abbaye du Barroux qui reprendra celle de Bellefontaine, que les moines ont quittée mi-novembre. « On dit parfois que les communautés qui marchent, ce sont les 3G : guimpe, grille et grégorien », sourit une mère supérieure de communauté contemplative. « Il y a un attrait pour la radicalité : si on donne sa vie, on y va à fond, avec un habit pour que ça se voie », assure-t-elle.
Retrouver le sens de la vie religieuse
D’autres relèvent, à Boulaur et dans d’autres communautés parvenant à se renouveler, leur visibilité sur les réseaux sociaux. « Certaines sont très présentes, on sait qu’elles existent, il y a un enjeu de visibilité », assure Augustin Marbacher, de l’association Ritrit, le « Airbnb des retraites spirituelles ». « Cela fait la différence pour les demandes de dons », renchérit Claire Danieli.
« Le vrai défi, c’est la relève et le désir de la vie religieuse, qui a perdu de son attrait dans la société », résume Béatrix Bréauté. « Les communautés qui s’en sortent le mieux sont celles qui allient modernité et tradition, observe-t-elle. Cela passera aussi par le fait de se servir des sciences humaines pour aider ses membres à grandir en connaissance de soi. »
Car la baisse globale des effectifs force les instituts à repenser la vie religieuse dans la société actuelle. « Beaucoup de congrégations s’interrogent sur leur charisme propre, en particulier dans les communautés concernées par la crise des abus : qu’ont-elles à apporter de particulier à l’Église et à ce monde sécularisé ? constate Isabelle Jonveaux. Et c’est parce que ces congrégations seront capables de répondre à ces questions qu’elles auront de nouvelles vocations. »
Une assemblée générale sur le thème de l’espérance
Espérer face à la crise des abus, face aux défis de la vie religieuse en France, aux drames géopolitiques ou à la pauvreté : pour cette assemblée générale organisée à Lourdes du 18 au 22 novembre, la Conférence des religieux et religieuses de France a choisi d’unir sa réflexion à celle de toute l’Église qui célèbre cette année le Jubilé de l’espérance.
Au-delà de l’élection, le 21 novembre, de la nouvelle présidence de la Corref, de nombreux intervenants se succéderont. Parmi eux, Antoine Garapon, président de la Commission reconnaissance et réparation, mise en place par l’Église depuis 2021, ou encore le philosophe ukrainien Constantin Sigov.
(1) La Corref comprend 90 % des ordres contemplatifs et apostoliques masculins ainsi que des ordres apostoliques féminins. Les ordres contemplatifs féminins sont représentés par le Service des moniales.
(2) Nos chiffres se basent sur ceux de la Corref et du Service des moniales. Afin de les compléter – et avoir le détail des pôles de dynamisme que sont les monastères traditionalistes et les communautés nouvelles (dont tous ne font pas partie de la Corref ou de la SDM), nous les avons contactés individuellement. Dans l’impossibilité de recenser le nombre de membres consacrés d’instituts diocésains ou séculiers, d’associations de fidèles ou de sociétés de vie, nous nous sommes limités aux instituts religieux (dont ne font pas partie, par exemple, les dominicaines du Saint-Esprit ou les femmes consacrées du Chemin-Neuf).
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