5ème Dimanche de Pâques

THÉOLOGIE

Vivre la fraternité (2)
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Que veut dire « être frère » ou « être sœur » ? Un texte d'Élisabeth Robert, franciscaine, sur ce lien fragile qui unit les hommes.

 

Le Seigneur nous donne des frères

Et ce dès le commencement : Caïn et Abel, Sem, Cham et Japhet, Isaac et Ismaël, Esaü et Jacob, Joseph et ses frères... L'histoire fraternelle de l'humanité, telle que la raconte la Bible est une histoire de jalousies, de meurtres, tout simplement parce que la fraternité touche à des enjeux où se manifestent notre avidité, notre soif de possession, de pouvoir et de domination. « Je cherche mes frères » Gn 37,16 Cette réponse de Joseph à l’homme qui l’aborde dans les rues de Sichem pourrait être le condensé dramatique de bien des fratries bibliques.

Et pourtant, c’est bien cette image de la fraternité qui qualifie les liens qui unissent les disciples du Christ, mais une fraternité définie à frais nouveaux, non plus par les seuls liens du sang mais par la reconnaissance et la confession de la Paternité aimante de Dieu. On dit à Jésus : « Ta mère et tes frères sont là, ils te cherchent ». Jésus dit : « Qui sont ma mère et mes frères ?» Et il montre ses disciples en annonçant : « voici ma mère et mes frères ». Non pas selon la chair et le sang, mais « quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère » Mt 12,46-50.

Il y a bien des frères selon la chair qui sont appelés comme apôtres, André et Simon, Jacques et Jean. Mais le terme de « frère » est redéfini beaucoup plus largement, s’enracinant dans l’Amour du Père, dans le Don du Père au Fils, dans le don que le Père fait aux hommes, dans le don que le Fils fait de lui-même à ses frères.

Dans l’Évangile, se comporter en frère, c'est vivre sa condition de fils du Père, écouter la parole et la mettre en pratique, consentir de tout recevoir de Dieu, s’en remettre radicalement à lui dans la confiance, inscrire toute sa vie dans l’Amour et le Don qu’Il est en plénitude. Nous sommes frères et sœurs parce que Dieu est qui Il est, Père de tous ses enfants.

La reconnaissance du partage du même don de la vie ouvre l'espace de la relation fraternelle et la compréhension de tout autre comme donné comme frère par le Père. Ainsi, l'homme peut percevoir une communauté profonde de destin, un « être-ensemble » à construire, une cité de frères. Son existence de fils s'accomplit alors dans une vie donnée à l'autre, au frère. Cette solidarité est appelée à se vivre, à se concrétiser dans l’échange, dans la réciprocité, dans le partage, dans le don.

Mais ne soyons pas naïfs ni aveugles. Il n’y a pas de réelle fraternité entre les humains qui ne passe par l’épreuve. Comme dans les fratries naturelles, les relations fraternelles en communauté, qu’elles soient religieuses ou ecclésiales, dans les groupes humains, sont si fragiles, tellement menacées par les rivalités, les jalousies, l’indifférence, la rancune, la violence