4ème Dimanche de Pâques

THÉOLOGIE

Vivre la fraternité (1/4)
croire.com

Que veut dire « être frère » ou « être sœur » ? Un texte d'Élisabeth Robert, franciscaine, sur ce lien fragile qui unit les hommes.

 

Religieux et religieuses, nous sommes appelés Frère ou Sœur. Ce titre précède habituellement notre nom. C’est un usage social mais cela dit aussi notre identité profonde, notre vocation, notre engagement à vivre une fraternité selon l’Évangile. Nous pouvons nous habituer à être ainsi dénommés mais il est bon parfois d’en redécouvrir le sens dans sa fraicheur primitive, dans sa profondeur.

J’ai croisé récemment, dans la rue, une maman accompagnée de son jeune enfant. Elle me salue de l’habituel : « bonjour, ma Sœur ». Désorienté, son enfant me regarde, se tourne vers elle et lui demande : « c’est ta sœur ?». Sa mère sourit et essaie de répondre : « Non, bien sûr, ce n’est pas ma sœur. C’est une sœur ». La réponse laisse l’enfant tout aussi perplexe. Il m’interroge alors : « Mais tu es la sœur de qui ? ».

Cette question m’a poursuivie longtemps. Comme un appel à approfondir ma propre vocation, comme une invitation à en goûter la grâce, la source, la promesse mais aussi le labeur et les exigences. Cette dimension fraternelle structure (ou tout au moins essaie de structurer) notre style de vie, notre manière de travailler, de vivre la mission, d'être-au-monde et en Église. Nous voulons vivre en frères, en sœurs, avec tous, privilégiant ainsi l’alliance fraternelle à tout autre lien, qu’il soit conjugal ou parental. Mais la vocation à la fraternité selon l’Évangile n’est pas réservée à des religieux. Loin de là. C’est une promesse, un horizon, un don, une tâche qui sont indissociables de l’accueil de l’Évangile. Être chrétien, c’est se reconnaître frère (sœur) de tous.

Dans sa question naïve et dans la confusion qu’il faisait, cet enfant renvoyait simplement aux liens du sang, à l’expérience initiale que nous pouvons avoir d’appartenir à une fratrie. Naître et grandir avec d’autres frères ou sœurs est un donné qui marque profondément notre identité et contribue à notre croissance en humanité. Et en cela, c’est déjà une expérience spirituelle.

Être frères et sœurs, dans une même famille, c’est reconnaître que nous avons un rapport commun à une même origine. Une origine dont nous ne sommes pas les maîtres. La vie nous est donnée. Nous ne choisissons pas de naître, nous ne choisissons pas nos parents, nous ne choisissons pas nos frères et sœurs. Ni leur nombre, ni l'ordre dans lequel ils sont venus, ni leur tempérament, ni leur histoire. Nous les recevons. Il y a là une obéissance constitutive de notre existence.

On peut être, certes, fils ou fille unique. Mais on ne peut pas être frère ou sœur sans faire référence à un autre que soi ; et (hormis dans le cas de gémellité) à un autre situé différemment dans la fratrie (aîné, cadet, benjamin…). Être frères et sœurs, c'est à la fois être unique et être à sa propre place parmi d'autres. Un parmi d’autres, ni plus ni moins. Et pourtant, nous restons toujours un peu cet enfant tyrannique et immature qui veut tout, tout vivre, tout faire ; qui ne se console pas de ne pas avoir toute la place, tout l’amour, de ne pas être présent à tout, de ne pas être au centre de tout. On comprend alors que les fratries puissent être le lieu de solidarités indéfectibles, de grandes affections, mais aussi de féroces rivalités.